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Polar Week 3 : D’Ilulissat vers ATKA

Derrière les portes d’une école d’Ilulissat

Je suis attendue pour 10 h à l’école Atuarfik Jorgen Bronlund avec une des maîtresses que j’ai croisée quelques jours auparavant lors d’un Kaffemik en famille!

ecole exterieur

Cette école est chaleureuse, spacieuse, et une bonne humeur se dégage des sourires des enfants qui trainent dans les couloirs. Tout le monde en chaussettes, je me presse de retirer mes boots. Ce sentiment de liberté et de légèreté sur les chevilles est un instant que j’adore. Je me sens alors chanceuse car il s’avère que ce geste si banal de retirer ses lourdes bottes se réalise extrêmement souvent lorsqu’on vit au Groenland.! !!

Déchaussée, je rentre dans ma classe où la jeune professeur Lena me salue de la main. Quelques minutes de gêne, les élèves de primaire et moi même nous rendant compte que nous n’avons strictement aucun mot en commun. Les yeux s’écarquillent. On cherche la maîtresse du regard pour partager sa stupéfaction devant mes sourires et mes mots si étranges. Je tente le « Salut ».

Les enfants le répètent à coeur joie. Ça y est, ce premier contact fait tomber les appréhensions ! La professeur Lena me présente alors aux enfants et donne des consignes. L’activité proposée aux enfants est de dessiner des maisons françaises. Par cette activité artistique je rentre dans l’imaginaire et la perception des enfants groenlandais de notre pays. Je trouve ça très intéressant et je suis curieuse.! !!

Au départ, les enfants intrigués me regardent, me posent des questions …On communique avec des gestes, des sourires sans fin, et je me balade d’une table à l’autre. Ici, les enfants sont assis par groupe de 4 ou 5 et non 2 par 2 comme en France !

debut coloriage

Très vite, l’enthousiasme nous prend comme un raz-de-marée et les enfants s’appliquent à leur tâche. Tout ce qui est identifié comme français devient source de dessin. Je passe un bon moment dans cette classe, les commentaires vont bon train, et les rires fusent, sans que je comprenne au départ le moindre mot !

Voici leurs dessins :

16 kids

L’opération « première rencontre » fonctionne alors bien au delà de mes attentes et la professeur veut très vite renouveler l’échange. Je suis aux anges. En pensant France, les jeunes dessinent alors des arbres et des maisons à plusieurs étages. Lena m’explique que les jeunes Groenlandais voient tout, connaissent tout à partir de la télévision. Par contre, peu d’entre eux sortent du pays pour confronter cette vision à la réalité. Elle est contente que je puisse moi même montrer mon chez moi… Je m’exécute et dessine à mon tour une côte bretonne. Ils posent pleins de questions et nous communiquons grâce à Lena qui fait l’interprète.!

Voyez par vous même :

nos dessins et mots

Je leur dit Takuss et eux me répondent en coeur « Salut » ! J’ai le méga smile en moi et je sors de l’école charmée par cette énergie des écoliers, comme vous avez pu pouvez le voir sur les photos !

photo groupe

Un grand merci à Lena et aux élèves de l’école Groenlandaise Atuarfik Jorgen Bronlund d’Ilulissat pour leur accueil particulièrement chaleureux ! On les retrouve dans deux semaines lorsque je reviendrai les voir sur Ilulissat. ! !

De retour dans ma famille d’accueil à Ilulissat je discute avec Ulloriaq qui vient de rentrer de l’école. Ulloriaq comprends très bien le Français car elle a vécu 1 an en France avec son papa et sa maman. Nous sommes de belles pipelettes et elle m’apprend à dire en Groenlandais le nom des animaux qui vivent sur la côte ouest du Groenland. Elle veut bien partager sa voix avec vous.

Quelle riche idée, je sors mon micro de Reporter Polar School et c’est parti pour une séance de vocabulaire des animaux de l’Ouest du Groenland.! !

Le son est source d’imagination, laissez-vous porter par cette playlist vocale concoctée pour vous.

À vos oreilles pour une immersion sonore Groenlandaise ! La maîtresse m’a offert un livre d’école groenlandais sur la biodiversité groenlandaise. J’en profite pour vous faire des petites photos. Les mots que nous entendons sur la playlist sont écris. ça aide…

animaux_groupe

Après cette petite leçon de Groenlandais, il est temps pour moi de préparer mon départ pour le village d’Oqaatsut, ses 25 habitants en hiver, ses 4 écoliers et ses 70 chiens !

Le voyage vers ATKA

Pour m’y rendre, je dois prendre un petit bateau. Julien me donne un coup de main car il est aussi pêcheur. Quelques coups de téléphone plus tard, il m’a trouvé un bateau et son pilote ! Il m’emmènera le lendemain sur les eux mi-gelées, direction le nord pour Oqaatsut !

Le lendemain matin, je me dirige vers le port où j’attends Sara qui s’en va aussi rejoindre le village.

Embarquement (presque immédiat) sur mon petit bateau de pêche. En attendant Sara qui arrive avec le sac de provision pour ATKA, je tente la discussion avec notre charmant chasseur de phoque. Nous en aurons pour moins d’une heure de bateau, ils nous déposera et par la suite il ira chasser avant que la nuit ne tombe. Je dis « OK »…

Il me demande si je n’ai pas froid. Je lui réponds « Namik » ce qui signifie « non ». Il me montre alors des gants que sa mère lui a confectionné pour passer des heures en mer. Les gants sont justement en peau de phoque, le meilleur du meilleur pour ne pas avoir froid. Il me fait signe d’essayer ses immenses gants, je les enfile et au delà de l’odeur forte de poisson et des tâches de sang brunies par le temps, je sens instantanément une chaleur parcourir mes doigts. Il me voit adorer cet instant. Il sourit.

gants

Sara est arrivée, elle embarque à bord, on jette les sacs devant et on quitte la banquise du port. Je suis aux anges dans ce petit bateau de pêche qui avance à bonne allure. Par endroits, des morceaux de banquise en forme de pancakes viennent taper sur la coque. Notre pêcheur ralentit dans cette zone de glace côtière appelée Landfast Ice. Cette eau de mer gelée est toute jeune, rien à voir avec la glace de mer entourant a priori le bateau ATKA, qui est là depuis des mois! Notre pêcheur scrute l’horizon. Je le regarde. Il a fière allure emmitouflé sous de nombreuses couches d’anoraks. Seuls ses yeux, son nez, et une partie de ses joues sont exposés au vent et au froid. Le vent créé par notre avancée en bateau fait chuter les température sur ma peau ce qui est toujours surprenant. On appelle cela le Wind Chill, l’effet du vent qui fait chuter la température ressentie par notre corps !!!

Nous atteignons par la suite une zone de navigation toute plate. Le pêcheur accélère et s’arrête. Il prend alors le temps de me montrer la côte et de m’expliquer qu’il vient d’un tout petit village que nous pouvons à peine apercevoir. Malgré notre grande difficulté à communiquer, les quelques mots qui sortent de nos bouches et les gestes nous permettent d’apprécier nos échanges. Le sourire est présent, il est heureux de partager ça avec moi. Je lui réponds « Suu » (prononcé « chou ») pour lui expliquer que je comprends. Autour de nous, l’eau est comme un marbre poli, parsemée de plaques de glace dérivantes et d’icebergs au loin. Sara me voit rire et sourire tellement j’aime ce que nous sommes en train de vivre !

bateau_lars

Comment exprimer l’émotion que cet instant éphémère a eu sur moi ? J’ai le sentiment que ce trajet en bateau dans cet univers d’eau semi-gelée exacerbe mes émotions. Malgré le froid intense provoqué par le vent, une sensation de chaleur, de bonheur simple me traverse. La lueur rose du ciel, cette mer brune, ses icebergs alignés sur l’horizon et cette odeur de poisson intense resteront gravés dans ma mémoire. Ils sont aussi imprimés sur la pellicule à ma plus grande surprise !

Moment étrange, sentiment que beaucoup de voyageurs reconnaîtront. L’arrivée en un lieu inconnu, point de départ d’un grand voyage, c’est comme le début d’une nouvelle histoire d’amour, avant un premier rendez-vous. Quand on est tout émoustillé, troublé et effrayé à la fois. Quand ça tourbillonne dans la tête et qu’il ne s’est encore rien passé… Moment magique…

arrivée brune

Puis l’entrée dans la baie d’Oqaatsut, la roche noire et nue des côtes groenlandaises contraste avec la glace qui s’est installée pour tout l’hiver. Un village se dévoile et j’aperçois notre point d’amarrage. La banquise, tout simplement… Nous jetons les sacs sur cette fine couche de glace de mer. Il ne faut que quelques centimètres pour tenir sur la glace !

arrivée banquise

Je n’aperçois pas le bateau ATKA, il est caché dans le renfoncement de la baie et c’est en marchant que je m’y rendrai. Sara envoie un signal VHF à Baptiste, le capitaine de l’hivernage pour lui dire que je suis bien arrivée. Il sera là d’ici une demi-heure, le temps de faire la route du bateau jusqu’au village.

Je savoure ce moment avant que tout commence. Me voilà donc bientôt sur ATKA où je poserai mon sac pour quelques mois. Pendant les mois qui vont suivre, je serai dépendante de la météo, des glaces, de la générosité du village d’Oqaatsut, de mes colocataire à bord et des humeurs du voilier. Plus de douche quotidienne, mais une toilette consciencieuse allant droit à l’essentiel.

Chaque jour, alterner entre mes deux paires de chaussettes chaudes, enfiler le même pantalon, aller chercher de la glace dehors, la faire fondre et l’utiliser à bord. Tout est simple dans mon esprit. Plus de facture à payer, de coup de fil a passer, de mails à checker. Juste vivre cette aventure et vous raconter l’histoire de cet incroyable expérience.

Je me souviens avoir pensé ceci : « C’est ici que commence cette histoire » !

J’en rêvais… me voici au seuil du rêve… Il est 16h de l’après-midi et il fait nuit à présent.

On va sur ATKA ?

 

 

Polar Week 1 : C’est parti !

Bon quand il faut y aller… faut y aller !

Arctique, passage du Nord Ouest, Groenland, Baie de Disko… Ces noms ont pour moi le goût du rêve, ils sont ceux de l’aventure. Quand je pense au Groenland, je pense aux contrastes de couleurs, au froid sec, aux icebergs, à son glacier géant, ses chiens robustes ; quand je pense au Groenland, je pense à tous les explorateurs que le froid a pris, à cette course palpitante aux expéditions du Grand Nord.

Vivre un départ vers l’Arctique est une aventure en soi, laissez-moi vous raconter mon périple pour rejoindre la côte ouest des terres du Groenland.

Objectif : atteindre Ilulissat où un couple franco-groenlandais et ses 3 enfants m’attendent.

Etape 1 : Paris – Copenhague

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Le « jour J » tant attendu du départ commence à Paris. Je porte alors fièrement mon sac sur les quais du métro parisien, direction l’aéroport. Ma hotte regorge de pulls, chaussettes, vestes, bonnets, gants et doudounes pour assurer un bien être quelle que soit la température. A la différence de mes autres voyages, je pars cette fois avec  une belle ribambelle de surprises pour les marins à bord: des jeux de poche, du fromage, des recettes, un drapeau, des dessins… Avec moi, une petite chouette en peluche prénommée Babette se réjouit autant que moi à l’idée de voler aussi loin, direction le Nord-Ouest !

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Des étoiles pleins les yeux, je quitte Paris pour Copenhague… C’est parti !

Dans l’avion, la tête collée au hublot, je vole vers Copenhague avec la perspective d’arriver dans plusieurs heures sur la plus grande île du monde après l’Australie. D’une superficie égale à 4 fois celle de la France, cette île a une originale et glaciale particularité :  elle est essentiellement recouverte d’un énorme glacier dénommé Inlandsis, ou calotte polaire. 4 fois la France en glace… Franchement, ça fait rêver !

Et c’est alors , dans cet avion qui me mène tout droit à Copenhague, que je réalise enfin que « c’est parti ! » pour 18 semaines d’ATKA Polar School !

Il faut que je vous avoue que parmi tous mes voyages, c’est bien celui-ci qui m’enchante le plus ! Partir sur un voilier emprisonné dans les glaces dans un petit village de 25 habitants appelé Oqaatsut avec pour objectif de partager et d’échanger avec vous et de vous faire vivre cette aventure par correspondance, quoi de plus excitant ?

Avec cette pensée, j’atterris à Copenhague, ma première escale. Au programme : une nuit courte mais pleine d’émotions à l’idée du vol du lendemain matin… Direction Kangerlussuaq!

Etape 2 : Copenhague – Kangerlussuaq

Rien que le nom fait palpiter mon coeur. La chouette Babette est présente à ce décollage au petit matin, elle aussi rêve de désert blanc !

babette_copenhague

Babette à Copenhague, prête pour voler vers le Nord !

Après plusieurs heures de vol, j’arrive à Kangerlussuaq, je sors du gros avion pour en prendre un plus petit. Je souris ! Pas vraiment le temps de comprendre ce qui se passe, j’enchaine assez vite avec ce vol pour Ilulissat. Mon dernier vol.

vol

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En arrivant en avion, j’aperçois par le hublot des icebergs gigantesques. Je suis ébahie et j’ai hâte d’arriver pour aller découvrir cet univers avec vous.

Etape 3 : Kangerlussuaq – Ilulissat 

Ca y est, j’y suis ! Imaginez-vous avec moi, juste une minute. Je suis à Ilulissat, Groenland, 69°N à environ 300 kilomètres au-dessus du cercle polaire arctique, il fait -21°C au thermomètre et une petite lueur éclaire la ville. Je sors de l’aéroport d’Ilulissat et j’ai un sourire immense ! J’en ai quasiment froid aux dents !

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Je suis heureuse d’être arrivée et je pars déjà à la découverte d’Ilulissat, aussi connue sous le nom de « ville des Icebergs ». 

Une famille franco-groenlandaise va m’acceuillir dans sa maison, j’ai hâte de les rencontrer et de démarrer cette aventure!

On y va?

taxi_ilulissat

La suite dans Polar Week #2 pour découvrir cette vie à Ilulissat. J’y resterai pendant quelques jours avant de rejoindre notre voilier et maison ATKA emprisonné dans les glaces de la petite baie de Oqaatsut !

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