Polar Week 6 : Le béaba d’un village Groenlandais !

Aluu tout le monde,

Le défi annoncé dans la Polar Week 5 a été relevé : j’ai testé pour vous de vivre une semaine dans un village Groenlandais.

En effet, quoi de mieux pour connaître et comprendre le fonctionnement d’un village que d’y vivre !

Depuis la Polar Week 1, nous nous baladons de la ville d’Ilulissat (Polar Week 2), au bateau ATKA (Polar Week 4) au village d’Oqaatsut (Polar Week 5). Vous savez donc déjà que ce bout de terre ne possède pas de route. Parfois avec ses pierres noires recouvertes de neige sans aucun arbre, ses fjords profonds, ses montagnes brunes, et sa glace à perte de vue, le paysage groenlandais me parait être un autre monde, un peu lunaire ! A la fois dense et désertique. C’est magnifique.

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J’ai grimpé une des montagnes proche du village pour vous donner un aperçu de notre terrain de jeu. Le village d’Oqaatsut est sur la gauche et ATKA est au loin entre les deux sommets de l’ïle Àçacaille. Nous ne pouvons le voir depuis là haut mais il est bien présent, prisonnier des glaces.

Le village d'Oqaatsut face à la mer. Nous sommes face à la Baie de Disko connue pour sa richesse en crevettes et mammifères marins.

Le village d’Oqaatsut face à la mer. Nous sommes face à la Baie de Disko connue pour sa richesse en crevettes et mammifères marins.

Après cette semaine de défi, j’ai tellement de choses à vous raconter sur ce village que je ne sais pas par où commencer ! Et pourquoi pas par le commencement ?

Où suis-je vraiment et comment les gens sont arrivés là ?

Pour avoir des réponses à mes questions, je décide d’aller interroger l’institutrice Asta sur son pays et ses origines.

GroenlandDrapeau

Drapeau du Groenland

Elle prends le temps de me conter des histoires et m’invite très vite à aller fouiller avec elle dans la petite bibliothèque du village. Youpi, nous trouvons plusieurs livres en anglais et c’est le sourire aux lèvres que je remplis mon sac à dos de randonneuse polaire avec tout un tas de bouquins. Merci à vous tous pour assouvir ma curiosité débordante. C’est tellement bon de découvrir et d’apprendre.

Alors voila ce que j’ai pu apprendre !

Proche du continent américain dont il fait géographiquement partie, nous avons bien vu que le Groenland est la plus grande île du monde. Elle mesure 2,700 km du Nord au Sud, 1000 km d’Ouest en Est et s’élève jusqu’à 3 000 mètres au-dessus du niveau de la mer.

La côte groenlandaise s’étire sur 40 000 km et elle possède un archipel d’îles de tailles variées, ainsi que des fjords profonds et montagneux dont l’altitude peut atteindre jusqu’à 3 700 mètres.

Le point le plus au nord est appelé le Cap Morris Jessup à 83°40 Nord. Il se situe à seulement 700 km des 90 degré Nord communément appelé le pôle Nord géographique. Le point le plus au sud est le cap Farewell à la même latitude qu’Oslo soit à 59 degré 46 Nord.

La plupart des groenlandais vivent sur la cote Ouest dans des villes commes Nuuk (la capitale), Ilulissat, Uummannaq ou dans de petits villages comme Oqaatsut.

La ballade des peuples

Sur les 7,2 milliards d’habitants sur terre, 56 483 vivent sur l’île du Groenland rendant ce pays le moins dense sur terre. Mais quelle idée aussi d’aller s’installer au Groenland. 

Je me questionne… Mais qui sont ces Groenlandais, comment sont-ils arrivés là ? 

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Les cours à l’école et les lectures m’apprennent que les premiers habitants de l’Arctique venaient d’Asie. Selon les archéologues, certaines de ces peuples de chasseurs auraient profité d’un niveau des mers plus bas lors du dernier maximum glaciaire, il y a environ 20 000 ans. Ils rallièrent alors l’Alaska depuis la Sibérie via le célèbre détroit de Béring, qui était alors complètement à sec. J’imagine toute cette zone sans eau. Incroyable, mais vrai. Je suis conquise par cette histoire, je continue alors mes lectures. 

Je découvre alors que ces peuples se dispersèrent ensuite à travers le continent nord-américain et rayonnèrent sur tout l’Arctique. Les populations indigènes de l’Arctique sont nombreuses : Dolganes, Tchouktches, Nénetses, Sâmes (ou Lapons), Aléoutes, Inuits, etc. Mais quels noms magnifiques ! Moi je veux être Inuit ! Ça tombe bien car les Groenlandais sont Inuits et moi je suis au Groenland. Merci ATKA !

Vous pouvez trouver plein d’informations à ce sujet sur le site de l’expédition Under The Pole : Les Peuples de l’Arctique – UTP Education

Pour bien visualiser tout ce beau monde, vous trouverez une carte de l’Arctique avec la répartition de ces peuples (source : Educapoles)

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Mais les Groenlandais dans tout ça, c’est quoi leur histoire ?

Je me plonge alors dans les écrits de Mathias Storch, né au Groenland au 19ème siècle. Je lis à nouveau que les Groenlandais sont bien les « Inuits » (ce qui signifie gens) ou « Kalaallit » pour dire Groenlandais. En fait Le Groenland est appellé Kalaallit Nunaat (le pays des Groenlandais) ou Nunarput (Notre pays).

Une histoire de Viking

Etant toujours très curieuse, j’approfondis mes recherches et j’apprends qu’il y a eu des découvertes du Groenland aussi par le sud. Tout commence avec un nom de pirate ou plutôt de viking… Erik le Rouge ! Banni d’Islande, il fonde une colonie viking dans les années 980 dans le sud du Groenland.

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A bord, nous échangeons beaucoup à ce sujet. L’histoire des découvertes et des expéditions nous passionne. Le capitaine Baptiste nous raconte qu’apparemment Erik le Rouge voulait être le premier à arriver au Groenland. Un autre viking était aussi sur le coup. Et dans la tradition Viking, celui qui pose en premier une main à terre possède la terre. Alors, Erik le Rouge aurait apparemment coupé sa main lui permettant de la lancer et qu’elle touche le sol des terres groenlandaise avant son compétiteur ! Sacré Erik le Rouge ! Sacré histoire de capitaine ! Ne pouvant me connecter à Internet, je ne peux pas vérifier cette histoire. Qu’importe, elle nourrit notre imagination et cet esprit d’aventure à bord. Merci Baptiste ! Par contre, de votre côté, vous avez internet ! Quelqu’un pourrait-il nous aider dans cette histoire de capitaine viking rouge ?

Avis à vous tous, les ATKA POLAR KIDS et à vos commentaires…

Nous vous demandons de bien vouloir élucider ce mystère qui plane à bord d’ATKA : est-ce que Erik le Rouge a dû couper sa main pour être le premier à toucher terre ou est-ce juste un mythe polaire ?

Erik le rouge à la conquête du Groenland. Sacrés Vikings !

Le béaba d’un village groenlandais

Maintenant que nous avons élucidé ce mystère de Vikings, j’aimerais comprendre comment les Groenlandais ont choisi de bâtir des villages un peu partout le long des côtes. Il n’y a aucun village sur la calotte polaire du Groenland, uniquement le long du littoral de cette immense île.

En fait, il faut savoir que dans tout le Groenland il n’y a aucune route reliant les villages ou les villes entre elles. Les Groenlandais se déplacent d’un village à un autre par bateau, motoneige, traineau ou en avion si leur budget le leur permet.

Le rocher qui constitue le sol apparent est un beau granit très ancien, de l’Archéen, c’est à dire des plus anciennes roches connues au monde ! Trop la classe de marcher dessus ! J’apprends que ces roches ont été polies et striées par la neige, la glace et le temps.

Le rocher qui constitue le sol apparent est un beau granit très ancien, de l’Archéen, c’est à dire des plus anciennes roches connues au monde ! Trop la classe de marcher dessus ! J’apprends que ces roches ont été polies et striées par la neige, la glace et le temps.

 En discutant avec les locaux,  j’apprends qu’avant les Groenlandais utilisaient et occupaient de vastes territoires de manière saisonnière. Il fallait impérativement trouver un endroit où la chasse et la pêche étaient bonnes. Ils établissaient souvent leurs camps face à la mer et il fallait aussi installer son village ou campement dans une zone protégée des tempêtes pouvant ravager les côtes. Pour se faire, il leur fallait une superbe banquise pendant l’hiver. Une banquise présente et imposante où plusieurs iceberg pouvait se faire attraper et où les phoques adoreraient se prélasser.  De nombreux villages, maintenant installés le long des côtes, s’y sont développés à partir d’anciens campements traditionnels de chasseurs et de pêcheurs. Lorsque des écoles et des églises y furent construites et que les enfants y furent scolarisés, les anciens campements devinrent des villages permanents. Avec le temps, ils furent équipés d’infrastructures, mais à grands frais à cause de leur éloignement. Je comprends qu’Oqaatsut fait partie de ce type de village.

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Je me sens chanceuse d’être aussi bien accueillie par les villageois. Ils me voient rentrer dans une maisonnette rouge. Elle s’appelle Gosha.

GOSHA, nous voilà !

De l’extérieur à l’intérieur…

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Ça vous dit de rentrer ?

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Mes premiers pas dans cette petite maisonette

J’inspecte. Avant même de prendre le temps d’admirer cet intérieur tout mimi, je me concentre sur l’essentiel et réalise la checklist « vitale » de la maisonnette avec « AAP » pour OUI et « NAMIK » pour NON.

LE CHECK POLAIRE

Lumière : AAP
Eau courante : NAMIK
Toilettes usuelles : NAMIK
Douche : NAMIK
Radiateur : NAMIK
Poêle pour se chauffer : AAP

Et nous voici à l’intérieur !

Gosha est une maisonette très agréable !

Gosha est une maisonette très agréable !

Le coin cuisine et son bidon d'eau douce. Il est bientôt vide signifiant qu'il va falloir que j'aille à la Source le remplir !

Le coin cuisine et son bidon d’eau douce. Il est bientôt vide signifiant qu’il va falloir que j’aille à la Source le remplir !

Je vous explique un peu plus… Je regarde au loin à la fenêtre de Gosha avec la ferme intention d’aller essayer de comprendre le fonctionnement de ce village groenlandais.

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Le mode d’emploi de Gosha et du village

1 / Le radiateur

Lorsque je suis arrivée dans la maisonnette, la température indiquée -10. Vite vite, il faut allumer le poêle !

- 10 à l'intérieur pour -20 à l'extérieur. Il va falloir mettre une double paire de chaussettes ma parole !

– 10 à l’intérieur pour -20 à l’extérieur. Il va falloir mettre une double paire de chaussettes ma parole !

Que ce soit à bord d’ATKA ou chez Gosha, le meilleur ami est toujours « Poêle » qui se nourrit aussi de pétrole.

Le coeur de "Poêle" de Gosha. Sans lui, Gosha est un vrai frigo !

Le coeur de « Poêle » de Gosha. Sans lui, Gosha est un vrai frigo !

Chaque journée sans chauffage transforme Gosha en une maisonnette-frigo !

Chaque journée sans chauffage transforme Gosha en une maisonnette-frigo !

Gosha met un peu près 2 heures à se réchauffer. Pendant mon séjour, la température moyenne intérieure était de 8 à 10 degrés.

Il faut accepter de vivre et dormir habillé. Heureusement, il fait sec à l’intérieur, alors le froid n’est pas désagréable avec un bon pull.

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2/ La lumière

À Oqaatsut chaque maison possède de l’électricité pour la lumière. Des câbles sont directement reliés à « LA » bâtisse vitale du village que je prénomme « Power House ». C’est elle qui fournit tout le village en eau desalinisée et en électricité.

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Je suis heureuse d’avoir de l’électricité et Babette aussi ! Les câbles d’électricité sont à même le sol de la roche, protégés dans des gros tuyaux.

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3 / L'eau

Une eau pas si courante…

Depuis la Power House, certains tuyaux alimentent en eau quelques bâtisses communales du village telle que la bâtisse rouge avec les douches communes et les machines à laver le linge. Cette eau vient des océans. La Power House assure la désalinisation de cette eau de mer en en douce. Magique ! 

Le dessalement de l’eau (également appelé dessalage ou désalinisation) est un processus qui permet d’obtenir de l’eau douce à partir d’une eau saumâtre ou salée. Et pourquoi pas l’eau de mer de la baie d’Oqaatsut ?

En fait, dessaler l’eau de mer de manière à la rendre consommable, c’est possible. On dispose même aujourd’hui de nombreux systèmes dont beaucoup ont atteint le stade industriel. Si j’ai bien tout compris ce que Hans m’a dit, il me semble que la technique utilisée à Oqaatsut est la distillation.

La distillation consiste à évaporer l’eau de mer, soit en utilisant la chaleur des rayons solaires, soit en la chauffant dans une chaudière.  Ici, c'est clairement en utilisant une méga chaudière ! Du coup, en chauffant, il y a évaporation. Seules les molécules d’eau s’échappent, laissant en dépôt le sel  et toutes les autres substances contenues dans l’eau de mer de côté. L'eau douce est sous forme de vapeur. Plus qu'à retransformer cette eau sans sel qui est vapeur en liquide à nouveau. On appelle cette étape la condensation.  Il suffit alors de condenser la vapeur d’eau ainsi obtenue pour obtenir une eau douce consommable.

Certaines maisons ont aussi accès à cette eau courante mais très peu. Pour ma part, Gosha ne possède pas d’eau courante. Et alors, comment fait-on ? Et bien, rien de plus simple, je vais au centre du village remplir mes bidons d’eau douce. J’appelle cette place centrale, la source. En vrai, ce n’est ni plus, ni moins qu’un gros bidon alimenté par la Power House en eau désalinisée.

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Croyez-moi, aller remplir ces bidons d’eau douce à la source relève parfois de l’expédition. Il suffit d’un bon petit vent en plein hiver et cette tâche devient très vite assez désagréable. En effet, l’eau qui gicle sur nos doigts dévêtus glace rapidement nos petites mains.

Vite vite, rebouchons nos bidons les amis, ça commence à geler mes bouts de doigts et j’y tiens ! J’ai donc avec moi mes bidons d’eau douce pour pouvoir faire la vaisselle, faire à manger, me laver le corps… L’eau salie est aussitôt jetée par la fenêtre.

L’eau des millénaires…

Par contre, en discutant avec les locaux, j’ai bien compris que cette eau n’était pas forcément utilisée pour boire. Les villageois d’Oqaatsut préfèrent boire l’eau pure des Icebergs. Quelle bonne idée ! Ça tombe bien, plusieurs icebergs sont venus hiverner comme ATKA dans la baie.

Iceberg proche du bateau ATKA.

Iceberg proche du bateau ATKA.

Plus qu'à gratter pour avoir de l'eau !

Plus qu’à gratter pour avoir de l’eau !

Plusieurs icebergs ont décidé de passer l’hiver ici, ils seront notre ressource en eau pour cet hiver. Plus qu’à aller les grattouiller pour récupérer de petits blocs de glace d’eau douce super pure.

Depuis fin janvier au Groenland, j’en oublierai presque son côté si original car il me parait si naturel et logique ! Cette vie est très souvent en communion permanente avec son environnement. Je suis fascinée.

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Si vous voulez vous-même dessaler votre eau, voici une belle expérience à réaliser en classe !

4/ Douche et Lavage

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Comme vous vous en doutez, il n’y a pas de douche à la maison. Pas de panique, deux douches sont accessibles à la salle commune tous les jours de semaine. Pas de douche le weekend ou les jours fériés  par contre !

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Voici l’intérieur de cette bâtisse en photos :

On va se laver dans la super douche ?

On va se laver dans la super douche ?

La salle de sport. Je n'ai jamais vu quelqu'un utiliser ces machines pour tout vous dire. C'est surtout une salle où les villageois papotent en attendant que les machines à laver le linge finissent.

La salle de sport. Je n’ai jamais vu quelqu’un utiliser ces machines pour tout vous dire. C’est surtout une salle où les villageois papotent en attendant que les machines à laver le linge finissent.

Babette m'accompagne pour laver les vêtements de tout l'équipage. Ça va sentir bon, génial !

Babette m’accompagne pour laver les vêtements de tout l’équipage. Ça va sentir bon, génial !

5/ La mode des toilettes en sac !

Voici un des aspects du village qui m’a étonnée, moi petite bretonne brune aux tâches de rousseurs : les toilettes !

En fait, à Oqaatsut comme dans beaucoup de villages du Groenland, il n’y a pas de système de canalisation pour les toilettes. Du coup, c’est dans des sacs plastiques d’une belle couleur jaune flash que chaque personne fait ses besoins.

Durant l’hiver, dès que vous déposez votre sac devant votre maison pour la collecte, il congèle très rapidement empêchant toute odeur de s’échapper. Ils sont ensuite ramassés par un « collecteur » qui parcourt chaque maison du village en motoneige. La collecte a lieu 2 à 3 fois par semaine. Je vous avoue que je suis curieuse de voir comment ce système fonctionne à l’été. Il parait que les odeurs ne sont pas plus fortes que ça, nous verrons bien !

La détective polaire que je suis ne peux s’arrêter là dans mon analyse. J’aimerais maintenant savoir où vont ses sacs… pour cela, je suis le « collecteur de sacs » et je me retrouve de l’autre coté du village face à la mer.

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Je suis assez étonnée et curieuse. Mais que font-ils après avec ses sacs ? En questionnant le collecteur, il m’explique que ces sacs restent congelés durant l’hiver puis seront vidés et brulés à l’été. Certes, c’est une technique !

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Ce système m’intrigue tout de même et me fais réaliser que notre système de toilettes et d’eaux usées chez nous a ses défauts mais a aussi ses qualités !

6/ Epicerie

Je cours à l’épicerie car il est déjà 14h30 et l’épicerie ferme à 15h tous les jours de la semaine excepté le weekend.

Le Pilersuisoq est l'épicerie du village. C'est la belle bâtisse en rouge sur la droite face à la banquise qui se casse. Il y a 68 Pilersuisoq au Groenland.

Le Pilersuisoq est l’épicerie du village. C’est la belle bâtisse en rouge sur la droite face à la banquise qui se casse. Il y a 68 Pilersuisoq au Groenland.

Baptiste fait des courses pour le bateau. Je suis heureuse de le croiser. Le dernier ravitaillement a eu lieu le 13 décembre à Oqaatsut par bateau. Depuis, le village vit sur le stock présent dans cette bâtisse. Le bateau reviendra en avril remplir l’épicerie et nous ramener du frais.

Nous nous nourrissons de boites de conserve, de fromage, de pâtes et patates. Voyez par vous même !

Il nous prépare un chili con carne au chocolat. Le plat ultime qui représente ATKA. Nous le faisons à chaque que nous recevons des invités. Baptiste nous livrera cette recette secrète pour la Polar Week 8 !  

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Baptiste démarre les courses pour ATKA

Regardez les amis, ils ont les mêmes produits que nous. Rien de très étonnant car tout vient du Danemark, donc de l’Europe!

Au delà des dentifrices, pizzas, jouets ou chocolats que nous partageons outre-atlantique,  nous avons aussi des bacs surgelés remplis de morceaux de phoques congelés, baleines et poissons dans cette épicerie.

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Voir du camembert à Oqaatsut nous fait sourire. Dans les bacs surgelés, des morceaux de viande d’animaux marins sont proposés. C’est comme le cochon ou les vaches chez nous.

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Nous avons beaucoup de choix en produits surgelés (pizzas et frittes) par contre nous n’avons plus de produits frais ! On attends le ravitaillement d’avril impatiemment…

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Si les villageois se retrouvent plusieurs fois par jour à la seule épicerie du village, je me dis que c’est surement aussi un lieu pour papoter entre eux. Car clairement, outre le besoin en conserves de légumes (rien ne pousse), en cartouches de chasse (pour les animaux marins à chasser), en boissons gazeuses (soda, coca…), en cordes de guitare, en médicaments, en laine (on tricote beaucoup), c’est aussi pour avoir des nouvelles des uns les autres. La vie collective est très présente dans le village.

Oqaatsut, un village tout en contraste

Les villageois d’Oqaatsut sont très accueillants. Ils aiment bien recevoir. Lors de mes premières visites dans leurs maisons pour aller boire un café ou pour passer un moment avec Emilie, Innunguaq, Lars ou Marie chez eux, j’ai été surprise….

Surprise de voir à quel point c’était plutôt spacieux, confortable et charmant.  On pense souvent que les Groenlandais vivent d’une manière bien différentes de nous mais vous seriez surpris de voir à quel point c’est assez similaire. Voyager permet de casser justement tout ces stéréotypes et de réaliser que nous sommes tous bien unis dans ce monde.

Émilie avec un des chiots du village. Il s'appelle Marley.

Émilie avec un des chiots du village. Il s’appelle Marley.

Pour tout vous dire, nous n’avons pas de connection internet sur Oqaatsut sauf dans certaines maisons. Sur ATKA, toute communication téléphonique ou internet est impossible. Par contre depuis le village ou en haut de certaines montagnes autour du bateau, le réseau groenlandais fonctionne. Il faut savoir qu’aujourd’hui, pour une population de 55 000 habitants, le Groenland enregistre 85 000 téléphones connectés ! Cela signifie que les groenlandais possèdent tous clairement un voir plusieurs téléphones aussi technologiques que les nôtres en France. 

Nous imaginons souvent les Groenlandais comme un peuple déconnecté du monde. Point du tout… 80 % de la population possède un compte Facebook ! Donc vous voyez…

D’ailleurs, pour Info, voici le groupe Facebook des villageois d’Oqaatsut.

C’est souvent Asta, l’institutrice qui nourrit le Facebook. Vous pouvez la contacter via son Facebook en anglais en expliquant qui vous êtes. Elle se fera une joie de répondre !

5/ Une histoire de trouille

En marchant dans le village je croise Émilie, Innunguaq et Marie.

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Marie et son bonnet rouge.

 Un vent souffle entre les maisonnettes faisant grincer les planches de bois, claquer le linge qui sèche et insuffler une ambiance me paraissant hostile.

Le village siffle.

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Émilie me dit que le son resemble à celui de Qivitoq. Je suis intriguée… Mais qui est Qivitoq ? Malgré le vent assourdissant, je demande à Emilie de m’en dire plus. Pour tout vous dire, j’ai enchaîné ces mots :

qanoq ? qivitoq ? – quoi ?  qivitoq ? 

Elle voit bien que la tempête naissante nous empêche de pouvoir continuer notre conversation, et m’invite alors à aller chez elle. C’est autour d’un café tiède que je découvre cet esprit. Il faut savoir avant tout qu’Emilie a peur des fantômes et les mauvais esprits comme la plupart des villageois. Mes oreilles grandes ouvertes, j’apprends que Qivitoq est celui qui marche dans les montagnes.  Dans la tradition ancienne des Inuits, le Qivitoq est un homme qui part dans la montagne car il se sent de trop dans la société ou car il a fait quelque chose de mal et se sent ainsi exclu par les autres. Il quitte alors le village pour quitter cette vie et se laisser mourir en marchant seul sans provision dans cet environnement si hostile qu’est l’Arctique. Apparemment, durant cette marche si dure, des pouvoirs surnaturels lui seraient accordés lui permettant de survivre dans ces conditions extrêmes. Il change alors de nature, de visage et de forme. Malheureusement, il se transforme en un esprit alors malfaisant. Qivitoq hante les environs dans les montagnes et le rencontrer seraient apparemment effrayant !

Elle termine en m’expliquant que le bruit qui caractérise le Qivitoq est un sifflement semblable à celui d’une flûte.

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Je « gloups » et je me dis qu’il faut encore que je rejoigne le bateau. Il commence à faire nuit et la tempête se lève. C’est malin d’aller se raconter des histoires qui font peur avant d’aller marcher toute seule sur la banquise. Je bois mon petit café, prend un petit gateau, lui dit « takuss » et je file.

Pour me rassurer, je me dis tout haut :

N’importe quoi… c’est du pipeau cette histoire de flûte ! 

ATKA, nous revoilà !

Après cette belle semaine au village, je quitte alors Oqaatsut avec pleins d’informations à vous écrire. Je me réjouis car mes amis à bord me manque un peu et avec cette histoire de fantôme, je me dis que je serai bien sur le chevalier des glaces ATKA !  Qui plus est nous avons hissé notre drapeau pirate.

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Le Qivitoq n’a qu’à bien se tenir, même plus peur !

Me revoilà en train de vous écrire les Polar Week dans ma cabine… Sur ATKA, on est si bien ! Ambiance boulot avec plaisir…aucun soucis là dessus, le plus dur est d’avoir assez de connection internet pour vous l’envoyer !

Me revoilà en train de vous écrire les Polar Week dans ma cabine… Sur ATKA, on est si bien ! Ambiance boulot avec plaisir…aucun soucis là dessus, le plus dur est d’avoir assez de connection internet pour vous l’envoyer !

D’ailleurs les enfants, sachez que vous m’accompagnez tous les jours à travers vos messages, images, recettes ou autres. D’ailleurs, j’attends avec impatience le bateau de ravitaillement qui m’offrira les aliments nécessaires à vos nombreuses recettes !

En attendant, j’ai bien envie de manger du poisson… on va pêcher ? ça tombe bien car pour la Polar Week 7 je vous donne rendez-vous sur la glace… une pêche à la morue, ça vous tente ? On pourra même peut-être explorer un peu ce qu’il y a sous l’eau !

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TAKUSSSSSSSSS tout le monde !

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Et le meilleur pour la fin…Découvrez Oqaatsut à travers cette interview exclusive de Baptiste, Paul et Sara. 

Les Frenchies d’Oqaatsut !

Le Polar DICO #2

Vous avez bien du remarquer à quel point l’espagnol et l’italien sont des langues plutôt similaires tant sur les mots qu’en prononciation. A quel point on arrive même parfois à trouver des similitudes entre l’anglais et le français. Des liens se créent assez facilement entre les langues nous aidant à nous dépatouiller dans un nouveau pays en trouvant facilement quelques mots. Et bien cette technique ne marche pas du tout avec le Groenlandais. Le Groenlandais est une langue appelée Eskimo-Aleut qui est très loin des racines linguistiques Indo-Européenne.

Voici la Polar Dico # 2 pour les fans de Groenlandais !

La météo

joli : pinnersoq
il fait froid : issipoq
il fait beau : silagippoq
le soleil brille : seqinnerpoq
le temps : sila
aujourd’hui : ullumi

demain : aqagu
fromage : immussuaq
beurre : punneq
pain : iffiaqf 
bonbons : mamakujuit


Prénom Groenlandais du village  avec leur traduction

Malik : vague
Naja  : petite soeur d’un garçon
Nuka  : petite soeur ou petit frère
tableau : allattarfik 
crayon : aqerluusaq

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  1. Les Thiébouhans

    Aluu Anne-Claire!
    Merci pour cette polar week 6!
    Même pas peur du Qivitoq! Mais on a quand même aimé l’histoire! Est-ce que tu y crois toi?
    Alors, on a une question indiscrète, est-ce que sur ATKA, vous avez aussi le système des toilettes en sac????? Nous on a trouvé ça bizarre, pas très pratique et vraiment différent.
    On espère qu’on va pouvoir te parler sur Skype jeudi ou vendredi. Lundi, nous serons en vacances.
    Nos carnets avancent bien, même si ça prend du temps.
    A très vite!

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